Manager de transition
Le management de transition consiste à confier, de façon provisoire, la direction d'une entité à un dirigeant externe pour résoudre une crise ou accompagner une phase de changement. Si vous répondez aux cinq critères de nos experts, réfléchissez…
1. J’ai un profil surdimensionné… dans le bon secteur
On devient rarement manager de transition à 30 ans. « Sans avoir 40 ans de métier, il faut au moins avoir vécu des expériences variées pour pouvoir s’adapter », témoigne Loïc Manchec, ancien manager de transition dans le domaine de la finance. Ce diplômé d’HEC, trilingue, s’est lui-même lancé après un parcours de 15 ans en France et à l’international au sein de groupes comme Péchiney ou Eramet. « C’est souvent quelqu’un de surdimensionné pour une mission, confirme Stéphanie Sabau, directrice chez Michael Page Interim Management. Cela permet d’être opérationnel tout de suite et de répondre à un cahier des charges assez large, car on ne sait jamais comment peut évoluer une crise. » À condition, aussi, d’évoluer dans un secteur porteur. Cette entité du cabinet, créée en 2006, a identifié cinq pôles d’expertise en demande : RH, juridique, ingénieurs et industrie, achats et supply chain, ainsi que finance et comptabilité.
2. Je ne m’attache pas à mes collègues
C’est aussi la règle, souvent brutale : par définition, sitôt la mission terminée, le manager de transition disparaît. « Je reste très attaché à ma liberté, témoigne Didier Douziech, manager de transition depuis sept ans. Une fois sur deux, l’entreprise propose de me recruter, mais je dis toujours non car j’aime trop mon indépendance. » Or il est humain de s’attacher à une nouvelle entreprise et à ses collaborateurs. « Une mission de six mois, cela peut être assez frustrant quand on ne voit pas la pérennité de ce que l’on a mis en place », reconnaît Loïc Manchec.
3. Je suis mobile et n’ai pas peur de l’imprévu
Le manager de transition sait qu’il peut être appelé n’importe où, du jour au lendemain. « J’ai été appelé en mission pendant sept mois dans un Centre de services partagés, se souvient Jean-Henri Michau, DRH de transition. Le patron du projet était parti sur autre chose et j’ai dû intervenir au pied levé. Outre la capacité à sauter dans un projet en cours, il faut aussi prendre en main les équipes, décoder les jeux politiques un peu complexes et faire avancer les choses. »
4. Je suis capable de gérer des mois sans revenus
Au final, un bon manager de transition peut très bien gagner sa vie comme en témoignent les offres de Michael Page Interim Management. Puis plus rien pendant plusieurs semaines. Père de cinq enfants, Loïc Manchec a finalement préféré renouer avec un CDI. « J’ai un statut de garant SARL, d’où beaucoup de précarité, confie Didier Douziech. Il faut savoir vivre à zéro entre deux missions et accepter la précarité car les missions ne tombent pas toutes seules. Maintenant que j’ai du métier et un réseau qui fonctionne bien, je profite de ces périodes pour me former et gagner encore en efficacité professionnelle. »
5. Je sais aussi dire non
Mais malgré cette précarité, ces managers de transition insistent sur certains principes personnels. « Globalement, il faut un côté aventureux, une capacité très forte d’adaptation, mais en essayant de garder ses valeurs, témoigne Didier Douziech. Pour des raisons éthiques, il m’arrive de refuser certaines missions où il s’agit de fermer un site sans proposer de solutions aux salariés par exemple. » Manager de transition, mais pas à tout prix.